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Marché du travail au Maroc : le taux de chômage recule à 13 %


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mardi 3 Février 2026

Le marché de l’emploi au Maroc affiche une légère embellie en 2025 : le taux de chômage recule à 13 %, selon le HCP. Mais derrière cette statistique encourageante se cachent des disparités persistantes : jeunes, femmes et populations rurales continuent de rencontrer des obstacles majeurs pour accéder à un emploi stable et digne. Ce contraste révèle que la reprise économique n’est pas encore pleinement partagée et que des défis structurels subsistent, notamment le sous‑emploi et l’adéquation entre formation et emploi.



Marché du travail au Maroc : le taux de chômage recule à 13 %

Pourtant, au‑delà de cette amélioration chiffrée, l’analyse attentive de ces données révèle un tableau profondément contrasté de l’emploi : progrès très ciblés, disparités sociales fortes et défis structurels toujours bien présents.
 

Ce recul du chômage traduit d’abord une dynamique encourageante en milieu urbain : la création d’emplois y est plus soutenue et absorbe une partie des demandeurs. En revanche, dans les zones rurales, la situation reste fragile, avec une baisse de l’emploi qui persiste, notamment dans l’agriculture un secteur pourtant vital pour la cohésion sociale et l’équilibre territorial.
 

Sur l’ensemble de l’année, l’économie marocaine a créé 193 000 emplois nets, soit une accélération remarquable par rapport aux 82 000 postes générés entre 2023 et 2024. L’essentiel de ces créations provient de l’emploi rémunéré (+249 000 postes), alors que l’emploi non rémunéré a reculé (-55 000), signe d’une transformation qualitative du marché, mais aussi d’une recomposition qui laisse certains derrière.


Une reprise inégale

Parmi les secteurs qui tirent le mieux leur épingle du jeu, les services restent le principal pourvoyeur d’emplois, avec 123 000 postes créés, épaulés par les 64 000 emplois supplémentaires dans le BTP et 46 000 dans l’industrie. À l’inverse, l’agriculture, la forêt et la pêche ont perdu 41 000 emplois, essentiellement en milieu rural, creusant encore les fractures entre régions et catégories de travailleurs.
 

La baisse du chômage est une bonne nouvelle dans l’absolu, mais elle n’efface pas les profondes disparités socioprofessionnelles. Par exemple, alors que le taux de chômage global baisse, celui des jeunes de 15 à 24 ans grimpe à environ 37 %, un chiffre qui demeure parmi les plus élevés et qui alimente une forte insatisfaction chez les nouvelles générations. De même, le taux de chômage chez les femmes atteint plus de 20 %, un contraste frappant avec celui des hommes, nettement plus bas.
 

Ces écarts mettent en lumière un marché du travail où la croissance des postes ne suffit pas à garantir une insertion stable et équitable pour tous. Ainsi, malgré les efforts déployés, beaucoup de jeunes diplômés restent en quête d’un premier emploi stable, ou se retrouvent cantonnés à des emplois précaires, à temps partiel ou avec des revenus insuffisants.


Sous‑emploi et qualité de l’emploi : le revers de la médaille

Le recul du chômage masque un phénomène tout aussi préoccupant : le sous‑emploi continue de s’accroître. Un nombre significatif d’actifs occupés travaillent moins qu’ils ne le souhaiteraient, souvent avec des revenus insuffisants ou dans des domaines en décalage avec leur formation. Cette réalité rend la reprise encore plus fragile, car elle ne se traduit pas nécessairement par une meilleure qualité de vie pour les travailleurs concernés.
 

De plus, même si le taux d’activité est resté quasi stable à 43,5 %, cette moyenne cachant des évolutions divergentes entre milieu urbain et rural témoigne d’un basculement économique vers les villes et d’une contribution encore limitée des campagnes au dynamisme global du marché de l’emploi.


Une lecture lucide des chiffres

Dans l’ensemble, le bilan 2025 sur le marché du travail peut être vu comme une amélioration timide mais réelle des indicateurs clés. Le recul du taux de chômage à 13 %, la création nette significative d’emplois, et des secteurs porteurs comme les services ou l’industrie constituent des signaux positifs.
 

Cependant, cela ne doit pas masquer les défis structurels de fond : la persistance du sous‑emploi, les difficultés d’accès à un travail stable pour les jeunes et les femmes, et les inégalités entre zones urbaines et rurales exigent des réponses politiques ambitieuses et adaptées.
 

Dans un contexte où la stabilité sociale et la prospérité collective sont au cœur des préoccupations des citoyens, la politique de l’emploi doit aller au‑delà des chiffres pour toucher la réalité des parcours individuels. L’enjeu n’est plus seulement de créer des emplois, mais de faire en sorte qu’ils soient durables, décents et accessibles à toutes et tous.





Mardi 3 Février 2026